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Au fond des bois

Pour faire baver Léonard

il suffit de secouer la poudre et les pigments se mettent en place tout seuls sur la palette.

Quelques gouttes de forêt, un cheval qui fait le clown et les gammes des feuilles dans la lumière. C’est jour de Toussaint dans les Vosges.

rose plume

Un truc en plume pour le petit chemin creux aux bords de la Verdurette. Rose Grande Zoa, aussi mouvant et doux au regard.

clownval

derrière les arbres

Derrière les arbres, il n'y a pas de pomme. Il y a un enfant déambulant (avec Georges Schehadé)

Midi des Vosges

Midi des Vosges, c'est Toussaint au bois de Neufmaisons.

Pourquoi pas du safran?

La poudre magique, qui donne aux plats une couleur d’été au soleil et aux papilles un parfum de bonheur, est la grande patience de l’automne. Les rangs de crocus sativus, s’ils sont dans une terre qui leur convient -argilo-calcaire allégée au sable et bien drainée-, sont capables de donner des poignées de fleurs à chaque pied, et cela à rythme effréné. Il faut passer chaque jour entre les rangs, prélever délicatement les fleurs et passer du temps à les nettoyer une fois rentrées du jardins.

beauté pure

Trois grands filaments orange pendent de la fleur. C'est la partie aérienne du pistil

Les trois filaments de safran recueillis dans chaque fleur (si les limaces n’y ont pas goûté) sont en fait l’extrêmité du pistil. Séchés quelques jours à l’air sour une cloche à fromage grillagée, ils sont ensuite à concerver dans un pot bien hermétique.

le carré magique

Les rangs, bien serrés, ouvrent chaque jours leurs fleurs au pistil si recherché

Mais quel bonheur, ensuite, d’offrir à ses amis des figues rôties au safran du jardin ou de parsemer les risottos de l’hiver de brindilles dorées. Et puis, la fleur est si jolie avec ses meurtrissures de colchique veinée de bleu.

gros plan

Un concentré de parfum, adoré des abeilles et des bourdons aussi : les étamines sentent le miel.

récolte d'octobre

Octobre offre des saveurs rares, surtout s'il est ensoleillé

Fin de partie

A peine installées sur les rayonnages du fruitier, les pommes commencent leur migrations. La plupart s’installent dans le calme, au cœur de cette bibliothèque silencieuse qui sent le fruit à pleine goulée, à grandes respirations. Elles y somnolent sans bouger, parfois saccagées par le passage d’une souris.

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Un regard dans un océan de noir

D’autres entament une curieuse mutation. A la recherche d’une vie foisonnante, pastillée de couleurs sombres, de matières nouvelles. Les pommes font leur mutation, dans le rouille, le plus souvent, avec des barbes et des ocellés de moisi. Dans le noir, plus rarement, dévolue à la matière cuir, bravement lustrées et craquelées comme un vieux sac de voyage. Pour ouvrir un œil rond, plongé dans un océan de noir intense.

Plus tout à fait fruit, pas encore abîmées, elles semblent oublier leur chair croquante pour se concentrer exclusivement à leur emballage. Peau tannée, entre cuir et pierre de silex, entre marbre poli et bronze, elles inventent des coloris de bleu en surface de leur cuvette. Autour de l’étoile résidus d’étamines, un éparpillement d’astres.

Et plus rien ne bouge alors. Elles peuvent rester ainsi, en attente, des semaines, sans se friper, sans passer par la phase molle de leurs compagnes plus classiques. Sans froisser leur peau en y creusant des ravines.

Les petites chéries noires, marron de pourriture, rouille de fer mouillé, barbues et bubonantes, exposent leurs singularité au su de tous. Comme une peuplade étrangère, très calmement à l’ombre du cellier.

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Avec des peaux tannées comme les cuirs d'une ancienne malle

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Ocelées, grignotées, déjà usées par les premières pluies

 

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Offrant leurs bubons aux regards dans des écrins de cuir.

Les pommes qui refusent de devenir réserves, qui n’envisagent pas le prélèvement des goûters, des compotes et des tartes d’hiver, toutes celles qui ne rêvent pas de devenir tatin, choisissent la voie rétractée. Elles se posent en objet, le temps d’un décor, comme regret le temps d’un symbole.

Qui a dit que cette saison était triste? Elle est juste rare, étonnante avec ses couleurs de mauves, de vieux tissus précieux, de bonbons anglais acidulés qui bariolent le rose et l’orange. Elle est fine et bravache à la fois, douce et mordante d’un même geste. Elle nous accompagne au jardin avec des pas menus de souris qui fait la nique aux ombres grises. Avec des odeurs de macérations, de feuilles qui s’agglutinent en senteurs de buis et genets, de pommes noircies aux bubons généreux.

Qui a dit que c’était le temps d’une fin? Sous ses fanfreluches vineuses, avec ses orgues marins qui pendent leurs tuyaux au bord du toit, avec ses doigts roses agrippés à la pierre et aux derniers soleils, elle vend bien sa mise en scène. L’ardoise grise est luisante, le tuffeau chavire sous la pluie, mais elle, en secret, rit des richesses qu’elle prépare à la terre.

La vigne-vierge, des orgues sous la mer

La vigne-vierge, des orgues sous la mer

Qui aurait l’audace de penser la saison mourante? Hier, elle déployait ses drapeaux à contre-ciel, fanfaronne. Elle flashait ses rouges d’écrevisse trop chauffée sur le tuffeau et sous une bande outremer de ciel. Elle osait ses paumes écartelées, pleines de doigts aux ongles aigus, rose indien tellement le soleil était bon. Involontaire, elle liait ses autres paysages, celui des hortensias après premiers gels matinaux et celui des betteraves au sang mêlé. Dedans, dehors, partout la même débauche de violets, de carmin de prune écrasée, de trop mûr presque noir. Même les petits penstemums, avec leurs bonnets d’elfes rassemblés en congrès, avaient perdu de leur éclat dans la grande braderie des couleurs poivrées.

Conférence de lutins près des penstemums

Conférence de lutins près des penstemums

Dans l'évier, mêmes harmonies du côté des légumes

Dans l'évier, mêmes harmonies du côté des légumes

Bonbons anglais pour l'hamamélis

L'hamamélis a des acides de bonbon anglais

Mouvement rose

En mains écartées, à l'assaut du tuffeau

Ouvrage de dame et vieux tissus

Vieux tissus précieux, variations en vert et rose, les hortensias brodent leurs drapés

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Trois temps dans la vie du jardin. Après les fleurs de printemps, aux couleurs de dragées, les fruits étalent leurs orgie . De la vivacité aux tons soutenus, des fruits de fête, un peu stridents, à ceux plus lourds des festins graves.

D’abord acides, rafraîchissantes, des cerises aigres  font venir la salive à la bouche. C’est la fin du mois du juin et le début des promesses.

cerises aigres, acides et fraîche comme un glaçon sur la langue

cerises aigres, acides et fraîche comme un glaçon sur la langue

Elles jouent avec l'ombre des feuilles pour se rendre plus aguichantes encore…

Elles jouent avec l'ombre des feuilles pour se rendre plus aguichantes encore…

A peine quinze jours passés, le monde du jardin a changé. Les oiseaux ont dépecé les cerisiers où ne pendent plus que des noyaux,  dérisoires et noirs, squelettes secs qui n’évoquent plus, même de loin, la petite vermillon.

L’herbe du champs a pris ses tons de chaume, balayée, crissante de courtinières et de grillons. Sous les arbres, les abricots commencent à tomber, meurtris, lourds. Paniers à la hanche, on les cueille avec légèreté, la main en corbeille pour amortir leur chute. Ils tombent au moindre effleurement des branches. La cuisine embaume des premières confitures. C’est vraiment l’été, avec un goût de vacances et d’enfance.

Un peu de buée rose, comme une émotion. la peau est douce, veloutée, promesse de bonheurs sucrés. A l'image des gourmandises qui laissent repus, heureux et sans autre envie que de humer longuement les odeurs de sucre et de jus.

Un peu de buée rose, comme une émotion. la peau est douce, veloutée, promesse de bonheurs sucrés. A l'image des gourmandises qui laissent repus, heureux et sans autre envie que de humer longuement les odeurs de sucre et de jus.

Paniers d’osiers, patience des gitans qui font rouiller leurs joncs au bord de la rivière, fruits de chaleur. Les jours prennent leur temps paisible. Il suffit de se laisser déguster images et parfums, avec paresse.

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Passent encore une quinzaine, le temps de laisser le jardin murir en paix ses secrets de sucre et d’arôme. Et près du mur, ce sont les abeilles qui nous alertent. Elles se grisent dans la chair éclatée des prunes. Elles s’acharnent, paquets nerveux qui vrombissent, armées déterminées de petites ouvrières tout à la joie d’œuvrer sérieusement. Les prunes ont fait leur sucre et leur parfum, elles tendent leur peau et la craquélent sur une chaire boursoufflée et blonde au moindre changement de temps. Une pluie d’orage, vite, ramassons les belles. Demain, sous l’arbre allégé, il flôttera comme un parfum d’alcool levé des fruits piétiné et brunis.DSCN0334

La petite dernière, arrivée cette semaine sur la pelouse promue réserve. Forte colerette de feuilles larges, assez semblables à celle des orchis bouc. A priori, elle a les caractéristiques de la simia (= orchis singe) avec son label découpé et son allure de pantin désarticulé. Mais son casque est rosé mauve, comme le label, et hachuré plus sombre; son inflorescence est importante et présente une quantité de fleurs très serrées. La littérature décrit la simia avec une infloresccence courte. Est-ce une variante? Qui a une idée?

Singe ou pas? L'inflorescence semble plus haute que de coutume.

Singe ou pas? L'inflorescence semble plus haute que de coutume.

Détail des fleurs caractéristiques de l'orchis simia (spectaculaire priapisme)

Détail des fleurs caractéristiques de l'orchis simia (spectaculaire priapisme)

Fraîches comme des petits lutins, les ancolies aux couleurs mêlées.

Fraîches comme des petits lutins, les ancolies aux couleurs mêlées.

Les Anglais appelle Columbine cette adorable étourdie qui, au moindre coup de vent, balance sa tête décoiffée. Un nom de servante de comédie, d’impertinente au joli minois, de petite fée clochette. Un nom qui sonne bien à ses habits de fête et de théâtre à l’italienne ou de petit rat qui voltige sur les pointes. Mieux que le nôtre, ancolie, mélancolie, plein de regrets… Ces idées de deuil et d’automne ne sont pas de saison.
Le temps est plutôt à la sortie de ces fleurs aux architectures compliquées, aussi travaillées que les pliages des origamis japonais. J’ai trouvé, samedi, au bord du pré, une ribambelle de petites orchidées. Identifiées comme Ophrys araneola, l’orphrys petite araignée barrée de son grand H. Quelqu’un peut-il me confirmer que je ne me trompe pas ? Les grands orchis bouc qui l’année dernière peuplaient en abondance l’allée des tilleuls ont disparu presque intégralement. Pourquoi ? Mystère des migrations.

 L'Ophrys araneola, petite orchidée sauvage, passe facilement inaperçue dans l'herbe.

L'Ophrys araneola, petite orchidée sauvage, passe facilement inaperçue dans l'herbe.

Le lilas jaune du jardin. Edith Carvell de Lemoine.

Le lilas jaune du jardin. Edith Carvell de Lemoine.

L’insoutenable cruauté du printemps.
Hier, il neigeait. Sur l’herbe du champ, pétales légers des cerisiers.
Et puis, les arbres revenus à leur banalité. Jusqu’au matin suivant où les poiriers on joué les guerriers. Casqués de blancs, troncs avantageux de cohortes en marche, noueuses et bagarreuses.
Ont laissé la place aux pommiers, en une nuit. Effilochés les jours.
Le jardin ne se ressemble pas d’un moment à l’autre. Satiné rebondi d’un cerisier ornemental qui a son heure de gloire en laissant jaillir ses mousses par-dessus la raideur d’une haie. Matins de chat quand la brume sème ses duvets. Le lilas jaune –Edith Cavell de Lemoine ?- lutte sous un ciel violet d’orage.
Déchaînée et hollywoodienne, la végétation surjoue son printemps, entre drame, opéra et romantisme naïf.

poiriers-dans-la-brume

Un peu de brume traîne encore et fond les perspectives

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Les premiers rayons du soleil marchent à petits pas dans l'allée, furtifs ou malicieux dans leur découverte des végétaux qu'ils dévoilent.

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Après ces journées glorieuses, les pommiers vont rentrer dans le rang et préparer en toute discrétion leur seconde entrée en scène de septembre.

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Magritte n'a pas osé le mélange peupliers-pommiers pour son ciel à un nuage

Qui n’a pas envie de mettre en scène son jardin, même pendant les mois de son sommeil? La solution est sous l’écorce.

Couleurs, textures, draperies dramatiques ou diabolique mimétisme avec la peau d’un animal, les arbres et arbustes ont une ingéniosité infinie. Je suis allée visiter la semaine dernière le jardin d’Adoué, aux portes de Nancy. La collection personnelle de la propriétaire, pépiniériste par ailleurs, est belle. J’en suis repartie avec l’intention de démarrer une collection de bouleaux.

Petit aperçu, du bouleau à écorce orangée et de son voisin, un heptacodium miconioide?

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Deux ou trois espèces de bouleaux différents bordaient le ruisseau. Une splendeur.

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Le mélange des peaux créé un effet de broderie et anime le jardin de leurs écritures fabuleuses.

Il a poussé audacieusement au bord d’un parc qui hébergeait deux poneys. Les animaux partis, il a osé se développer et devenir un bel arbre, à l’écorce fortement  creusée, aux branches tourmentées comme des doigts de sorcières et curieusement alternées de façon plane. Nous l’avons vite identifié: un orme, un de ces arbres très présents dans le paysage tourangeau mais qui disparaissent, victimes d’une maladie qui les fait dépérir en une saison.

Le nôtre a été atteint. La graphiose a provoqué le dessèchement d’une grosse branche en début d’été puis très vite de tout l’arbre. Nous n’avons conservé de lui que trois rejets. Le plus équilibré, sélectionné, a redonné un beau sujet. Et pour la première fois, en mars, j’ai enfin vu ses fleurs. Posées à même les rameaux, comme des pompons roses auréolés de leurs étamines plus sombres. Des bijoux de printemps pour répondre aux timides débuts de floraison des abricotiers, des amandiers et des pruniers sauvages.

Quel bonheur, les cadeaux des premiers soleils!
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Bienvenue

Bonjour, vous êtes les bienvenus sur ce blog.
Je vous y attends pour parler de jardins. Tous les jardins, et tous leurs habitants, à feuilles et à fleurs mais aussi à poils et à plumes.
Dans ces bulles de vies parallèles, dans ces espaces de bonheurs, de déceptions, de drames en miniature, partageons nos émotions et nos découvertes.
Pour ma part, je viendrai souvent vous raconter mon terrain d’aventures et d’enchantement. Un grand terrain dans l’ouest de la France, là où les terres sont souvent d’alluvions sableux ou bien argilo-calcaires ; là où tout pousse à toute vitesse, protégé par un climat plutôt modéré, mais s’épuise très vite aussi, faute de nourriture.
J’espère vous raconter des histoires qui vous donnent l’envie de plonger les mains dans la terre.